HESAV au campus santé : une gestion de projet complexe

Cheffe de projet HESAV pour le Campus Santé, Anne-Marie Barrès est au coeur d’un projet cantonal d’envergure mené conjointement par la Direction des immeubles et patrimoine (DGIP) et la Direction de l’enseignement supérieur (DGES). Une mission complexe guidée par les exigences pédagogiques et logistiques liées aux besoins de 5 filières de formation et d’un lieu de vie qui sera habité par une communauté de plus de 2000 personnes, étudiant.es, personnel d’enseignement et de recherche, professionnel.les de santé ou encore personnel administratif et technique. Dans cet interview, elle revient sur les défis humains, techniques et organisationnels d’un projet de cette ampleur.

Pouvez-vous nous parler de votre rôle et de la genèse de ce projet passionnant ? 

Je suis infirmière de formation. Très tôt dans mon parcours professionnel, j’ai été attentive aux organisations de soins et à ce qui pouvait être amélioré dans les pratiques et les structures. Cela m’a amenée à me former au management des établissements de santé, puis à travailler dans différents contextes hospitaliers, notamment à l’Hôpital orthopédique et à l’Hôpital ophtalmique de Lausanne, où j’ai mené des projets liés à la qualité, à la gestion des risques et à la sécurité.

J’ai rejoint HESAV en 2018 pour coordonner en interne le projet Campus Santé. Mon rôle est de représenter les besoins concrets d’une haute école de santé dans un projet cantonal d’envergure : anticiper les exigences pédagogiques, fonctionnelles et humaines, et veiller à ce que le bâtiment soit pratique pour une utilisation quotidienne.

Concrètement, je fais le lien, au nom de HESAV, avec l’ensemble des parties prenantes : les équipes internes, la direction, les architectes, les mandataires externes, la Direction générale de l’enseignement supérieur et la Direction générale des immeubles et patrimoine qui veille au déroulé de la construction. L’enjeu est de réussir à traduire et concilier de nombreuses contraintes et besoins, parfois très spécifiques, dans un projet multivarié et durable.

Ma mission est passionnante car le projet « Campus Santé » est un projet ambitieux, initié il y a une dizaine d’années par le Canton de Vaud pour créer un centre de formation des professions de la santé unique en Suisse. Désigné à l'unanimité par le jury du concours d'architecture et d'idées en septembre 2016, le projet intitulé « Banquet » est proposé par le bureau de l'architecte zurichois Jan Kinsbergen.

Quels sont les axes fondamentaux qui guident les besoins d’une haute école de santé ? 

Dès le départ, trois piliers issus d’une réflexion approfondie, nourrie par la littérature scientifique et par des comparaisons avec d’autres campus universitaires suisses et étrangers, ont structuré notre réflexion dans l’expression de nos besoins.  

  • Flexibilité et polyvalence 

Les méthodes pédagogiques et le matériel nécessaire à la formation dans les professions de la santé évoluant rapidement, la flexibilité et la polyvalence des salles d’enseignement sont primordiales. Cela se traduit notamment par le choix de mobilier modulable dans les salles d’enseignement théorique, permettant de transformer les espaces en fonction des usages : cours magistral, travail en groupe, enseignement actif ou événements.

La complexité des formations en santé a également nécessité une anticipation très fine des besoins techniques. Dès la conception, nous avons travaillé avec les architectes pour intégrer les contraintes liées à l’utilisation de matériel spécifique : lits, tables de massage, bacs chauffants pour la conception d’orthèses, équipements lourds ou mobiles.

  •  Échange et collaboration 

Former des professionnel·les de santé de niveau HES, c’est aussi favoriser les rencontres et le travail interdisciplinaire entre nos filières mais aussi entre nos missions de recherche et d’enseignement. Le bâtiment propose ainsi de nombreux espaces attractifs d’échanges et de vie, qu’ils soient formels ou informels, tant pour les collaborateur·trices que pour les étudiant·es : salles de réunion de tailles variées, bibliothèque, salle de sport, cafétéria, terrasse, parc arborisé, espaces de déambulation et de détente à chaque étage.

La création de sept auditoires permet également d’accueillir des événements académiques, des conférences et des temps forts qui rythmeront et renforceront la vie du campus et ses liens avec l’extérieur.

  • Créativité et innovation 

La créativité se retrouve dans les espaces d’apprentissage : des salles spécifiquement dédiées à l’enseignement actif ont été créées, intégrant des technologies éducatives avancées. Ces environnements favorisent l’interaction, la participation et l’expérimentation, en cohérence avec les approches pédagogiques actuelles et futures. L’intégration de l’école au cœur d’un quartier d’habitation reflète également cette volonté de renforcer les synergies avec la population pour créer un environnement dynamique et innovant.

Comment impliquer les collaborateur·trices et les étudiant·es dans un projet d’une telle envergure? 

Le Campus Santé n’est pas seulement un projet architectural et technique. C’est aussi un projet profondément humain pour HESAV. Les changements que ce déménagement implique peuvent susciter des appréhensions, mais ils représentent également une opportunité unique de réinventer notre manière de collaborer et de travailler ensemble.

Dans cette perspective, depuis 2021, une démarche participative a été mise en place afin d’intégrer activement les besoins et attentes des futur·es usager·ères. Le recueil des besoins auprès des collaborateur·trices et des étudiant·es a permis de définir des critères précis pour la répartition des espaces de travail et des lieux de vie.

Par exemple, les étudiant·es ont exprimé le besoin d’avoir des casiers individuels pour stocker leurs affaires, ce qu’ils n’ont pas aujourd’hui. Heureusement, cette information nous est parvenue à un stade précoce et les architectes ont pu ajuster leurs plans pour intégrer ces casiers dans les espaces communs, répondant ainsi efficacement à ce besoin.Prendre en compte ces attentes en amont est essentiel : cela garantit que le futur bâtiment HESAV sera non seulement fonctionnel, mais aussi adapté, dans la mesure du possible, aux usages et aux préoccupations des utilisateur.trices. L’objectif est de créer un environnement de travail et d’étude agréable, durable et porteur de sens pour celles et ceux qui y évolueront au quotidien.

Quels sont les défis rencontrés lors de la planification et de la coordination du projet? 

Un des nombreux défis réside dans la coordination des besoins en mobilier et en équipements avec l’ensemble des acteur·trices impliqué·es. Il faut constamment trouver un équilibre entre la cohérence globale des espaces, les contraintes budgétaires et architecturales et les exigences très spécifiques liées aux formations en santé. Cela implique une collaboration étroite et continue avec les architectes, les mandataires et la Direction générale des immeubles et patrimoines.

Un autre enjeu majeur est l’organisation du déménagement. Aujourd’hui, HESAV est répartie sur cinq sites différents, auxquels s’ajoute la filière d’ergothérapie actuellement rattachée à la HETSL. Chaque bâtiment a sa propre histoire, et au fil des années, une grande quantité de mobilier, de matériel et de documents s’est accumulée. Le tri, la planification et la coordination doivent être extrêmement précis, d’autant plus que la fenêtre de temps pour le déménagement est très courte.

Ces défis nous obligent à anticiper chaque étape avec rigueur pour assurer une transition fluide et réussie vers le futur bâtiment HESAV. La rentrée de septembre 2026 nous contraint à s’assurer que le Campus Santé devienne rapidement un lieu de vie, d’apprentissage et de collaboration pleinement fonctionnel.

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