HESAV et le campus santé : une gestion de projet complexe

À la tête de la coordination du projet Campus Santé pour HESAV, Anne-Marie Barrès pilote un chantier d’envergure dédié à la formation des professionnel·les de santé. Pensé pour répondre aux besoins spécifiques d’une haute école de santé, ce bâtiment allie exigences pédagogiques, innovation architecturale et qualité de vie pour les futur·es étudiant·es et collaborateur·trices. Dans cette interview, elle revient sur les grands axes qui ont guidé la conception du bâtiment et sur les défis humains et organisationnels liés à un projet de cette ampleur.

Pouvez-vous nous parler de votre prise en charge de ce projet passionnant? 

Je suis infirmière de formation. Très tôt dans mon parcours, j’ai été attentive aux organisations de soins et à ce qui pouvait être amélioré dans les pratiques et les structures. Cela m’a amenée à me former au management des établissements de santé, puis à travailler dans différents contextes hospitaliers, notamment à l’Hôpital orthopédique et à l’Hôpital ophtalmique de Lausanne, où j’ai mené des projets liés à la qualité, à la gestion des risques et à la sécurité. 

J’ai rejoint HESAV en 2018 pour coordonner en interne le projet Campus Santé. À l’origine, il s’agissait d’un projet architectural très ambitieux, pensé il y a une dizaine d’années. Mon rôle a été de faire le lien entre la vision architecturale d’un ouvrage d’art et les réalités concrètes d’une haute école de santé: anticiper les besoins pédagogiques, fonctionnels et humains, et veiller à ce que le bâtiment soit pratique pour une utilisation quotidienne. 

Concrètement, je coordonne l’ensemble des parties prenantes : les équipes internes, la direction, les architectes, les mandataires externes et la DGIP qui veille au déroulé de la construction. L’enjeu est de réussir à traduire et concilier de nombreuses contraintes et de nombreux besoins, pour certains très spécifiques, dans un projet multivarié et durable. 

Quels sont les trois axes fondamentaux qui ont orienté l’architecture du futur bâtiment HESAV? 

Dès le départ, trois piliers issus d’une réflexion approfondie, nourrie par la littérature scientifique et par des comparaisons avec d’autres campus universitaires suisses et étrangers, ont structuré notre réflexion.  

  • Flexibilité et polyvalence 

Le bâtiment devait être capable d’évoluer dans le temps, en s’adaptant à des formations, des méthodes pédagogiques et des technologies qui se développent rapidement. Cela se traduit notamment par le choix de mobilier modulable dans les salles d’enseignement théorique, permettant de transformer les espaces en fonction des usages: cours magistral, travail en groupe, enseignement actif ou événements. 

La complexité des formations en santé a également nécessité une anticipation très fine des besoins techniques. Dès la conception, nous avons travaillé avec les architectes pour intégrer les contraintes liées à l’utilisation de matériel spécifique: lits, tables de massage, bacs chauffants pour la conception d’orthèses, équipements lourds ou mobiles. Ces besoins ont influencé des éléments structurels du bâtiment, comme l’emplacement et la capacité des prises électriques ou la résistance des sols. 

  • Échange et collaboration 

Former des professionnel·les de santé de niveau HES, c’est aussi favoriser les rencontres et le travail interdisciplinaire entre nos filières mais aussi entre nos missions de recherche et d’enseignement. Le bâtiment a donc été conçu pour encourager les échanges, qu’ils soient formels ou informels, avec des espaces de vie attractifs, tant pour les collaborateur·trices que pour les étudiant·es : salles de réunion de tailles variées, bibliothèque, salle de sport, cafétéria, terrasse, parc arborisé, espaces de déambulation et de détente à chaque étage. 

La création de sept auditoires permet également d’accueillir des événements académiques, des conférences et des temps forts qui renforceront la vie du campus et ses liens avec l’extérieur. 

  • Créativité et innovation 

La créativité et l’innovation ont été au cœur du projet architectural du Campus Santé. Les trois bâtiments – le C4, HESAV et le LET – ont été pensé dans la même signature architecturale et soulèvent de nombreux défis et prouesses techniques.  

Cette créativité se retrouve dans les espaces d’apprentissage : des salles spécifiquement dédiées à l’enseignement actif ont été créées, intégrant des technologies éducatives avancées. Ces environnements favorisent l’interaction, la participation et l’expérimentation, en cohérence avec les approches pédagogiques actuelles et futures. L’intégration de l’école au cœur d’un quartier d’habitation reflète également cette volonté de renforcer les synergies avec un environnement dynamique et innovant.  

Comment impliquer les collaborateur·trices et les étudiant·es dans un projet d’une telle envergure? 

On a parfois tendance à oublier que le futur bâtiment HESAV n’est pas seulement un projet architectural et technique. C’est avant tout un projet profondément humain. Les changements que ce déménagement implique peuvent susciter des appréhensions, mais ils représentent également une opportunité unique de réinventer notre manière de collaborer et de travailler ensemble. 

Dans cette perspective, depuis 2021, une démarche participative a été mise en place afin d’intégrer activement les besoins et attentes des futur·es usager·ères. Le recueil des besoins auprès des collaborateur·trices et des étudiant·es a permis de définir des critères précis pour la répartition des espaces de travail et des lieux de vie. 

Par exemple, les étudiant·es ont exprimé le besoin d’avoir des casiers individuels pour stocker leurs affaires, ce qu’ils n’ont pas aujourd’hui. Heureusement, cette information nous est parvenue à un stade précoce et les architectes ont pu ajuster leurs plans pour intégrer ces casiers dans les espaces communs, répondant ainsi efficacement à ce besoin. 

Prendre en compte ces attentes en amont est essentiel: cela garantit que le futur bâtiment HESAV sera non seulement fonctionnel, mais aussi adapté, dans la mesure du possible, aux usages et aux préoccupations des utilisateur.trices. L’objectif est de créer un environnement de travail et d’étude agréable, durable et porteur de sens pour celles et ceux qui y évolueront au quotidien.  

Quels sont les défis rencontrés lors de la planification et de la coordination du projet? 

Le premier défi a été de concilier l’architecture très spécifique du bâtiment avec les besoins d’une haute école de formation. Je pense notamment à la coordination des besoins en mobilier et en équipements avec l’ensemble des acteur·trices impliqué·es. Il faut constamment trouver un équilibre entre la cohérence globale des espaces, les contraintes budgétaires et architecturales et les exigences très spécifiques liées aux formations en santé. Cela implique une collaboration étroite et continue avec les architectes et les mandataires. 

Un autre enjeu majeur est l’organisation du déménagement. Aujourd’hui, HESAV est répartie sur cinq sites différents, auxquels s’ajoute la filière d’ergothérapie actuellement située à la HETSL. Chaque bâtiment a sa propre histoire, et au fil des années, une grande quantité de mobilier, de matériel et de documents s’est accumulée. Le tri, la planification et la coordination doivent être extrêmement précis, d’autant plus que la fenêtre de temps pour le déménagement est très courte. 

Ces défis nous obligent à anticiper chaque étape avec rigueur pour assurer une transition fluide et réussie vers le futur bâtiment HESAV. La rentrée de septembre 2026 nous contraint à s’assurer que le Campus Santé devienne rapidement un lieu de vie, d’apprentissage et de collaboration pleinement fonctionnel. 

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